Soutenabilité de la dette publique : enjeux et critères

Soutenabilité de la dette publique : enjeux et critères

février 8, 2026

Récapitulatif de l’article

Points clés Précisions
Dette publique française Atteindre 3 300 milliards d’euros en 2024, soit 113% du PIB
Mécanisme de remboursement L’État fait rouler sa dette en empruntant pour rembourser les anciennes obligations
Facteurs de soutenabilité Équilibre entre taux d’intérêt, croissance économique et déficit public
Confiance des investisseurs Véritable baromètre de la soutenabilité, plus important que les modèles mathématiques
Déficit budgétaire 2025 Prévoir 673 milliards de dépenses contre seulement 535 milliards de recettes
Impact de l’inflation Réduire le ratio dette/PIB à court terme mais augmenter les dépenses publiques ensuite

Je ne vais pas te mentir : quand j’ai commencé à creuser le sujet de la soutenabilité de la dette publique, j’avais l’impression de replonger dans mes cours d’économie que j’avais volontairement oubliés. Mais au fil des années, à force de gérer des contrats d’assurance et de voir des clients paniquer face à leurs propres dettes, j’ai réalisé que la capacité d’un État à honorer ses engagements financiers ressemble étrangement aux défis que rencontrent certains assurés. En 2024, la dette française atteignait 3 300 milliards d’euros, soit 113% du PIB. C’est colossal. Et pourtant, on continue d’emprunter.

Quand j’ai compris que l’État ne rembourse jamais vraiment sa dette

Il y a quelques années, un client m’a appelé, paniqué. Il venait de recevoir une lettre de relance pour un crédit qu’il pensait avoir soldé. En discutant avec lui, j’ai réalisé qu’il avait simplement refinancé sa dette en contractant un nouveau prêt pour rembourser l’ancien. Il m’a dit : « Mais du coup, je ne rembourse jamais vraiment ? » Exactement. Et c’est ce que fait l’État.

Contrairement à ce qu’on imagine, un pays ne rembourse pas intégralement sa dette. Il la fait rouler. Chaque fois qu’une obligation arrive à échéance, l’État emprunte à nouveau pour la rembourser. Tant que les investisseurs ont confiance, ça fonctionne. Selon l’OCDE, la soutenabilité de la dette ne signifie pas qu’on peut tout rembourser d’un coup, mais qu’on peut continuer à emprunter sans faire exploser le ratio dette/PIB.

Ce qui rend une dette soutenable, c’est un équilibre entre trois variables clés : le taux d’intérêt (r), le taux de croissance économique (g) et le déficit public (d). Si la croissance dépasse les intérêts payés, même avec un déficit, la dette reste gérable. Mais si la croissance ralentit ou que les taux remontent, comme on le voit depuis 2023, la mécanique se grippe.

Ce qui différencie le Japon de l’Espagne

J’ai un ami économiste qui m’a raconté une anecdote frappante. En 2010, l’Espagne a plongé dans une grave crise avec une dette publique de seulement 67% du PIB. Dans le même temps, le Japon dépassait allègrement les 200% du PIB sans sourciller. Pourquoi ? Parce que la dette japonaise est détenue en grande partie par des résidents japonais et par la banque centrale nippone. Les investisseurs japonais considèrent leur propre dette comme un actif sûr. L’Espagne, elle, dépendait davantage des créanciers étrangers et n’inspirait plus confiance.

Cela illustre un point fondamental : la confiance des investisseurs est le vrai baromètre de la soutenabilité. Les modèles mathématiques, aussi sophistiqués soient-ils, laissent place à la psychologie des marchés. Si les créanciers doutent, ils exigent des taux plus élevés. Et des taux plus élevés aggravent le problème. C’est un cercle vicieux que j’ai vu se reproduire dans des cas personnels d’assurés surendettés.

Pays Dette/PIB (2010) Principale caractéristique
Japon 200%+ Dette détenue majoritairement par des résidents
Espagne 67% Dépendance aux créanciers étrangers
France 113% (2024) Instabilité politique et déficit structurel

Les facteurs qui rendent une dette insoutenable

En France, depuis quelques mois, les signaux d’alerte se multiplient. Le gouvernement Bayrou est tombé après un vote de confiance perdu, dans un contexte où il fallait réduire le déficit de 40 milliards d’euros. En 2025, les dépenses prévues atteignent 673 milliards d’euros contre seulement 535 milliards de recettes. Cela signifie que 20% des dépenses ne sont pas couvertes. Ce manque alimente chaque année le stock de dette.

Plusieurs facteurs influencent la capacité d’un État à tenir dans le temps :

  • La monnaie d’emprunt : emprunter dans sa propre monnaie offre plus de souplesse.
  • La crédibilité de la politique économique : si les réformes paraissent irréalistes, les investisseurs fuient.
  • La solidarité régionale : au sein de la zone euro, les pays peuvent s’entraider, mais cela a des limites.
  • La position extérieure nette : si un pays détient plus d’actifs à l’étranger qu’il n’en doit, il inspire davantage confiance.

Ce qui m’inquiète, c’est que la croissance potentielle de la France s’essouffle. Elle est estimée à seulement 1% par an. Or, pour stabiliser la dette, il faut que les dépenses publiques ne croissent pas plus vite que le PIB. Pendant les années 2010, les dépenses ont progressé de 1,1% par an. Mais avec le vieillissement démographique, la transition climatique et les dépenses de défense, cette maîtrise devient un défi colossal.

L’inflation, fausse amie ou vraie alliée ?

Un autre sujet que j’ai souvent vu mal compris : l’impact de l’inflation sur la dette. À court terme, l’inflation fait bondir le PIB nominal, ce qui réduit mécaniquement le ratio dette/PIB. Les recettes de l’État augmentent aussi grâce à la TVA. Ça paraît génial, non ? Sauf qu’à moyen terme, les salaires publics et les pensions s’indexent sur les prix. Les dépenses explosent. Et si la dette est composée d’obligations à court terme ou indexées sur l’inflation, le coût de la dette grimpe en flèche.

Je me souviens d’un client qui avait un prêt à taux variable. Quand les taux ont remonté en 2022, ses mensualités ont bondi de 30%. Il m’a dit : « Mais on m’avait dit que c’était avantageux ! » Oui, tant que les taux restent bas. L’État, c’est pareil. Heureusement, la maturité moyenne de la dette française dépasse aujourd’hui 9 ans. Cela laisse du temps pour s’ajuster. Mais ce n’est qu’un répit.

Ce qu’il faut retenir

La soutenabilité de la dette publique ne se résume pas à un chiffre magique. C’est un équilibre fragile entre croissance, taux d’intérêt, déficit et confiance. La France n’est pas au bord du gouffre demain matin, mais les marges de manœuvre se réduisent. Le vieillissement de la population, la transition climatique et la volatilité des taux compliquent sérieusement la donne. Comme je le dis souvent à mes clients : mieux vaut anticiper que subir. Et ça vaut aussi pour un pays.

Justine

Rédacteur de blog et journaliste, je navigue entre l’instantané du reportage et la réflexion du contenu long format. J’écris avec rigueur, curiosité et passion, en croisant les codes du journalisme et ceux de la rédaction web.

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